PANACHE

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DÉBUT – J’accouche d’un enfant. Je gère l’affaire en quelques secondes sans douleur pour me retrouver avec un magnifique bébé dans les bras enroulé dans un beau linge blanc. Mon copain est près de nous, heureux. Dans la foulée, ses parents et les miens débarquent bien trop excités. Puis, on rentre chez nous à trois, rayonnants, chantant dans la voiture telle la famille modèle d’une mauvaise pub pour de la lessive ! Quelques heures plus tard, je n’ai déjà plus de ventre, aucun “symptôme” de grossesse. Je pète même un peu trop la forme… Mon mec m’annonce qu’il part au travail et disparaît. Je regarde mon téléphone et remarque qu’il est saturé de messages venant du groupe WhatsApp “Amitiés indéfectibles” que nous avons créé avec mes meilleures amies (oui, nous avons quinze ans). Elles proposent un dîner qui n’a aucun rapport avec le nouveau venu que j’ai pondu un peu plus tôt. Apparement elles s’en contrefichent ou pire encore, j’ai oublié de les prévenir…! A cet instant, ma gorge se serre, je suis subitement prise d’une violente angoisse face à cette maternité trop soudaine et imprévue. Sans plus attendre, je décide d’agir et la solution me paraît évidente. Je claque des doigts et cela a pour effet de transformer le bébé en chaton. Je suis aussitôt soulagée, ravie de pouvoir rejoindre mes amies sans embûches et accessoirement j’ai des pouvoirs magiques. Plus de responsabilités, plus de stress… et sorcière. Au top ! Cette satisfaction est de courte durée parce qu’à l’image d’un mauvais vaudeville la porte d’entrée de mon appartement s’ouvre. “Ciel, mon mari” ! Mon mec revient déjà… Apparemment pas débordée de taf étant donné qu’il m’a quittée une demi-minute. Il me retrouve pantoise, assise par terre en train de nourrir un chaton au sein sur le tapis de notre salon à la déco vide-grenier-vintage-suédois trop étudiée. Je réalise très vite au travers de son regard scandalisé, la monstrueuse mère et compagne que je suis devenue en l’espace de quelques heures ! – FIN

Sursaut. Terreur. Un de mes pires cauchemars.

Je raconte l’expérience terrifiante dont je sors à la victime collatérale de mon réveil ultra violent : mon amoureux. Il m’écoute attentivement mais n’a de cesse de lâcher des petites rires narquois tout au long de mon récit. Puis, il pose ses lèvres sur mon front pour y déposer un bisou que je trouve très condescendant. Enfin, il tâte son coussin à la recherche d’une position de sommeil agréable et me console d’un : “Allez, maintenant, dodo Mme Courjault ! ». JE LE DÉTESTE. 

Impossible pour moi de retrouver les bras de Morphée. Je bouillonne. Pourquoi ce cauchemar ? 

Peut-être que je fais une obsession à cause de cette femme que je croise souvent au supermarché avec son enfant en laisse. A chaque fois, un tas de questions se bousculent dans ma tête après la vision de ce petit être turbulent au bout de la corde tenue par cette femme bien trop cernée pour être épanouie. Je ne la blâme pas. Je ne la connais pas. En tout cas, son passage déclenche à chaque fois en moi le rejet immédiat d’enfanter. Je suis persuadée de l’efficacité de sa photo en image de prévention sur les boîtes de pilules contraceptives avec le message : “Procréer, diminue” juste en dessous. Allez les labos-lobby, régalez-vous avec mon concept c’est cadeau ! 

Il est aussi possible que je ne veuille pas d’enfant… Que la question de la maternité se pose dans ma vie seulement parce que certaines personnes se permettent des : “C’est pour quand alors ?” simplement parce qu’ils ont deux infos : j’ai plus de trente ans et un mec. Quel enfer cette pression. Mon amie Dorra (non, elle n’est pas exploratrice) a pris le parti de répondre qu’elle est stérile. Elle ne l’est pas, mais, elle pourrait l’être ! Donc à la phrase : “un jour, ça t’arrivera aussi”, Dorra répond : “malheureusement non, je ne peux pas en avoir”. C’est radicalement efficace.  

Et si je le perds, si je l’oublie quelque part. Je sais bien que c’est plus gros qu’un portable mais il n’a pas de géolocalisation lui. A moins qu’on puisse y intégrer une puce… Je rigole bien sûr. J’ai fait des recherches et on est pas encore au point sur ces systèmes de GPS humain. Dommage. 

Un choix (débile) s’impose à moi afin de calmer ma crise de panique autour du nouveau-né imaginaire. Internet, mon sauveur ! Ordinateur sur les genoux, je me lance dans des recherches de types : pas envie d’enfant, peur avoir enfant… Mais, je tombe sur des témoignages de femmes et d’hommes certains de ne pas vouloir élever d’enfant et je ne me reconnais pas du tout en eux.

Toujours perdue dans les limbes de YouTube, avec je dois l’avouer quelques incartades sur des vidéos d’attaques de requins, je m’arrête sur le mini-docu d’une journaliste. Elle refuse d’avoir un bambin par militantisme écologique. C’est vrai que la fin du monde est proche et c’est très relou de devoir annoncer à ton héritier qu’il risque de se battre pour remplir sa gourde en bambou d’eau potable avant d’atteindre la retraite (faudra aussi lui annoncer un peu plus tard qu’il n’aura probablement pas de retraite…). Seulement encore une fois, ça ne me dégoûte pas de l’idée. Au contraire je fantasme ma progéniture en une tripotée de petits « Thunberg » !  

En vrai, qui n’a pas envié les parents de Greta Thunberg ? Lorsque tu interromps tes collègues dans leur travail pour leur montrer des photos de ta fille c’est quand même trop la classe : “Regarde Patrick, elle est pas trop mignonne là dans les bras de Leonardo Dicaprio après son discours aux Nations Unies ?”

Finalement je ferme l’ordinateur parce que tout s’éclaire subitement en moi. Ma peur reflète mon envie. Pour la première fois, je me suis projetée en tant que mère et c’est affolant comme c’est flippant. J’aspire tant à réussir. Rendre fort(e) ce nouvel être. Ne pas être mauvaise dans ce rôle d’une vie. 

C’est alors que le fantôme de la psychanalyse décide de s’immiscer dans ma turbulente nuit et j’entends ma mère citer Françoise Dolto : “Une éducation est réussie quand elle est ratée”. Aussi fou que cela puisse sembler, Dolto m’a apaisé pour la première fois. J’ai sommeil. Je m’assoupis sereine prête à accueillir un jour mon parfait imparfait.  

Mon + 1.

7 Comments

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Tres vrai cette angoisse qui nous traverse tous … je suis maman, j’ai douté, j’ai eu peur et sans doute aurais je toujours peur, mais c’est fantastique. Seulement notre société nous dit encore trop «  il faut avoir un enfant « , et c’est parfois difficile d’assumer le fait de ne pas en vouloir ! Quel que soit votre choix à tous les 2, il sera le meilleur et surtout en 2020 il faudra l’assumer ! Bébé ou pas la décision ne sera que la vôtre ! Mais visiblement ce « cauchemar «  est finalement un joli message d’une envie intérieure ??!

Je découvre, moi qui n’aime pas lire sur écrans (quels qu’ils soient), j’ai lu tous les « posts » d’une traite…merci !
Divertissant, amusant, ça à un goût de « j’y reviens »…
La suite….vite!!

Tu seras une formidable maman ! Merci pour ce post ! Pour moi mon cauchemar de BB c’est quand l’enfant s’est transformé en tondeuse alors un chaton c’est pas si grave ! Aujourd’hui j’ai 54 ans et 4 enfants ! Bisous

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