PANACHE

DOLILOVE

J’aime plus la fête. 

Du bas vers le haut mon pouce swipe machinalement sur mon fil instagram et dévoile un flot continu de photos de soirées. Dans un premier temps, je remarque l’ambiance décadente de ce genre de moment puis les sourires forcés me mettent mal à l’aise et font remonter des effluves de vodka de ma soirée de la veille jusqu’à me filer une nausée insoutenable. 

La joue collée contre la lunette des toilettes, je le dis : PLUS JAMAIS. 

A cet instant, il me vient une idée de génie : publier cette scène ultra réaliste sur mes réseaux sociaux pour créer la meilleure campagne de prévention contre les ravages de l’alcool. Mais, en relevant la tête, je prends conscience que cette photo engagée déclencherait un dégoût certain auprès de mes followers et je ne souhaite vraiment pas finir cette vie seule avec ma chatte à me demander si je garde un paillasson neutre ou si je pars en délire sur un tapis plus fun avec l’inscription “maison chat-leureuse‘… Même si je dois reconnaître qu’elle ne me juge jamais cette chatte. La preuve ultime étant que pour m’accompagner (ou m’achever) elle vient faire ses besoins dans sa litière juste à côté de moi dans ce moment de solitude extrême. Ca ne me dérange pas, mon odorat s’est volatilisé lorsque j’ai eu le malheur d’entrer dans le fumoir de la boîte quelques heures auparavant. 

Mon corps n’est plus qu’une masse suintante que je traine pour accéder à mes besoins primaires : manger, netflixer et tenter de me rappeler mes frasques de la veille. Puis, oublier la veille. 

Je passe devant le miroir de la salle de bain et je suis sous le choc lorsque je découvre un animal en voie d’extinction. Le spectacle de mon visage bouffi et du eyeliner coulant autour de mes yeux marque ma transformation : je suis devenue un panda. Ou plus précisément, un panda en fin de vie. Il suffirait de rajouter une bande son avec des voix de femmes qui chantent doucement des “ohohoh” et cela ferait un beau documentaire animalier, j’en suis sûre. 

J’ai faim. Il faut que je remplisse mon estomac dérangé. Je pars donc à la chasse au gras. Mais je ne trouve que des aliments “sains” dans mes placards : lentilles corail, quinoa, chocolat noir 86%. Je me dégoute. Le frigo, vite. J’ai envie de pleurer quand je n’aperçois que des choux et des blettes dans des tupperwares. Heureusement, il reste un fond de houmous et deux tranches de pain de mie complet sur la table. Je gobe ça comme une cacahuète à l’apéro (ah non plus ce mot, burp) puis je retourne dans mon salon pour laisser glisser ma dépouille dans le canapé souillé par le pipi de ma chatte qui me punie d’être partie trop longtemps ces dernières 24h. 

Je me rends compte à quel point je suis glamour et excitante au cours de l’écriture de ce récit. Bon, au moins je suis honnête. C’est excitant l’honnêteté, non ? Ok. 

Pourtant, j’ai mûri. Je ne suis plus une novice. Fini de s’endormir partout. Comme derrière des platines de DJ (j’ai quelques problèmes auditifs qui expliquent cette situation) ou dans une laverie – en se disant qu’on a bien le droit de s’octroyer une petite pause sur le retour entre la soirée et son appart – ou pire, dans les transports en commun en se réveillant dans un dépôt de tramway froid et silencieux (c’est très traumatisant, sachez le). Aujourd’hui, si je vois arriver le petit train du sommeil et bien ça parait dingue mais… je rentre chez moi.

J’ai également développé des techniques ingénieuses pour fêtarde qui souhaite préserver un semblant de dignité. Arriver tard en soirée donc boire moins, danser beaucoup pour associer du sport à la fête et surtout la merveilleuse astuce du doliprane avant d’aller se coucher. Ce dolilove qui m’a épargné tant de maux de tête au réveil. J’entends au loin les détracteurs me fustiger quant au message dangereux que je fais passer ici en glorifiant le paracétamol qui en surdose peut effectivement devenir mortel. Soyez rassurés, tout va bien pour moi. Aussi, il m’est arrivée plusieurs fois d’avoir si peur de m’étouffer avec que je l’ai replacé dans l’emballage. Et je n’en prends pas tant que ça hein étant donné que je ne suis pas alcoolique. Je le signale au passage sinon ce texte serait quand même moins drôle, si tant est qu’il le soit. 

Telle une miraculée de Lourdes après un plongeon dans les bassins sacrés, je sens que mon corps refait surface. Mes articulations sont moins douloureuses. J’ai l’impression que je marche pour la première fois. Malheureusement personne n’est là pour m’applaudir… Encore mieux, j’ai envie de sortir dans la rue. Je me dis que c’est très positif de vouloir se confronter à l’inconnu. Je le sais, je le sens, je suis en rémission. 

Petite souffrance tout de même lorsque je suis aveuglée par la lumière dès que je passe la porte d’entrée de l’immeuble. En comparaison, l’instant où l’homme au masque de fer sort de son cachot obscur après 6 ans de détention, c’est bien de la gnognotte !

Un vélo électrique en libre service me fait de l’oeil alors je décide de le chevaucher pour me faire croire que je suis une grande athlète de la street alors qu’au fond je suis bien consciente que c’est le moteur sous mes pieds qui réalise 99,9% du travail. Peu importe, après quelques kilomètres à pédaler les yeux dans le vide, mon estomac se dirige vers un restaurant vietnamien. Je retire de la moulaga (pourquoi les mots “jeunes” deviennent-ils ringards avec moi ?) et fonce ingurgiter un bò bún salvateur ! 

Tout va mieux. Je rentre en trottinant. Je suis redevenue acceptable aux yeux du monde. Je souris aux badauds. Je fantasme la soirée à venir : calme et apaisante. Pourquoi ne pas reprendre le tricot et terminer l’écharpe-serpillère en cours depuis des mois ? Oh non, j’ai envie de lire. Me plonger dans un polar bien glauque et oublier le temps. 

Mais le contact avec la réalité me manque alors je décide de recharger mon téléphone que j’avais abandonné dans les limbes de l’agonie insidieuse qui m’avait happée. Ah tiens, un sms de Sheherazade (oui mes copines ont des prénoms trop stylés). “Tu nous rejoins ce soir ? Rires assurés.” 

Danser, oser, rire fort, rire triste et inspirer l’ivresse de la nuit. 

J’adore la fête ! 

6 Comments

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J’aime la fête aussi ! Mais je dis merci à mon estomac bien trop méchant qui me fait dire de ne pas boire ! Et la fête sans alcool, c’est pas plus mal ^^
Encore un très joli texte, bisous Pauline!

J’adore la fête !
La danse,la danse dans les bras d’un homme !
Mais
J’aime maîtriser la situation et comme je n’ai jamais bu et que je rigole beaucoup sans alcool.
Évidemment je suis Elle.
Et j’aime tes mots tes descriptions ta dérision.
Mais
Comme je suis Elle , j’ai peur pour ta santé.

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