PANACHE

EMMA

“Salope”. Dans ta bouche, ce n’était pas vulgaire étant donné que tu avais neuf ans lorsque tu m’as donné ta définition de ce mot : “Pauline, c’est simplement une femme qui a l’autorisation de s’allonger dans des buffets de fruits. Ça doit être super d’être une salope, non ?”. J’ai appris plus tard qu’un garçon de notre école se baladait avec une photo pornographique d’une dame nue dans des papayes et qu’un des garçons excités autour de l’image l’avait traité ainsi. Vous n’aviez simplement pas vu la photo sous le même angle. Et c’est cet “angle” que j’aime chez toi. 

Après la séparation de mes parents : changement de ville et surtout d’école. À sept ans, je débarque dans un nouvel établissement avec une façon bien particulière d’aborder la discipline. Par exemple, dessiner sur les murs pendant les récréations était recommandé ou même faire des siestes dès lors qu’on estimait en avoir besoin était autorisé (le rêve en somme). 

“Chalut, moi ché Emma, tu veux être ma chopine ?”. Pour notre premier contact, tu m’as postillonné au visage avec ton appareil dentaire relié à des dizaines d’élastiques jaunes. Quelques minutes plus tard, j’étais ton binôme dans le rang pour entrer en classe. Demande acceptée… j’étais ta chopine !


À la sortie des classes, nous avons longuement attendu ensemble et, avec plus d’une heure de retard, nos mères sont arrivées. Elles avaient déjà deux points communs. Un sérieux problème avec la ponctualité et un divorce très récent. Célibataires, prêtes à rattraper les années d’ennuis et de galères, elles se sont tout de suite adoptées; et elles ont ri… beaucoup ri. La belle amitié de nos mères à fait de nous des soeurs. 

Ensuite, les “daronnes” ont créé un crew avec d’autres mamans dans leur situation. La joie fût intense lorsqu’elles nous annoncèrent que nous allions tous vivre ensemble. Quoi de plus excitant pour une enfant de 8 ans que de vivre avec ses meilleurs copains dans la grande colocation du bonheur retrouvé ? 

Rackam, Charlotte, Rachel et toi. C’était la fête. Une boum permanente. Tu imitais si bien Maïté et moi, Micheline (ce qui équivalait, de mon côté, à ne pas savoir imiter puisqu’elle n’avait pas d’accent particulier…). Nous inventions sans cesse de nouvelles chorégraphies pour épater les adultes et derrière les applaudissements mollassons de nos parents, il fallait comprendre que nous ne serions jamais des petits rats de l’opéra. Peu importe parce que… Quelle ambiance cette maison ! 

Nous avons grandi et l’amitié n’a jamais failli. 

Ce que j’omets de dire plus haut, c’est que tu n’as jamais été facile Emma. Tu es la fameuse atta-chiante. Jalouse et pleureuse. Des pleurs fréquents pour tout et rien. Ainsi, ne pas écouter ton idée pour le choix d’un restaurant peut déboucher sur une loooongue vague de larmes… (puis t’es franco-anglaise, c’est clairement pas toi qui va choisir ce qu’on mange #lesclichéscestsuper.). Oh, et sentimentalement excessive, tu m’as quand même collé une énorme baffe un soir de réveillon juste parce que j’allais me coucher trop tôt. “C’était pour te réveiller Pauline…”. Je t’ai expliqué que ce n’était pas correct alors… tu as pleuré. 

Mais finalement, je n’arrive jamais à t’en vouloir, parce que je suis au courant… Je t’ai rencontrée victime, sadisée par des élèves qui n’ont pas réalisé la douleur quotidienne qu’ils t’infligeaient. Ton hyperactivité intellectuelle et ton originalité, mêlée à ton innocence, les dépassaient certainement. Surnoms, humiliations, moqueries et parfois les coups. “Rien dire pour pas qu’ça empire.” Lutter contre ce harcèlement constant était devenu le combat quotidien de ceux qui t’aiment. Seulement le mal était déjà fait. 

Se construire avec ce bagage-là, c’est terrible. Malgré quelques errances et tes névroses, avec le temps, tu as eu la force de remplir ta valise de joie et de rire. Comme tu me le dis parfois quand je suis triste : “Tout passe”. 

Pour toutes les Emma que je ne connais pas.  

18 Comments

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Encore une fois tellement vrai et touchant que je ne sais rien dire de plus, cette chronique fait remonter en moi l’ambiance les scènes l’atmosphère de ce que tu décris.
Une petite larme au coin de mes yeux vient rajouter à l’émotion ressentie .💕

Pauline je t’écoute tous les jours sur NRJ et franchement je conseille a tout le monde de te lire !!! C’est beau c’est vrai c’est touchant et tellement bien écrit !!! Ce qui te vexe le plus c’est que les gens se moquent de ton diplôme de journaliste et bien laisse les de côté ceux car ton talent est là !!! Et tu as en plus cette grande chance c’est que ce talent surgit derrière ton humour ta désinvolture ta facilité à prendre les choses simplement sans gravité et à ce moment ton talent n’en est que plus grand !!! J’ai pleuré en lisant ce texte là En pensant à tous ces enfants ados et adultes subissant moquerie méchanceté ou pire ! Mais j’avoue je suis aussi une atta-chiante 😉 donc les pleurs ça me connaît
Plein de bonne chose à toi et continue 🙂

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